« Quels sont les trois livres que, personnellement, vous placez au-dessus de tous les autres et qui ont exercé une influence décisive sur votre formation littéraire ? »
Il m’a semblé que personnellement, souligné, donnait un sens bien net, et assez intéressant à la question posée. Mon admiration pour La Vulgate, l’Odyssée, la Divine Comédie, Shakespeare…., et ma dette d’auteur envers ces livres, ne m’étaient certainement pas personnelles. Ce « personnellement » excluait donc tous les Classiques, au sens large du mot, tout l’ensemble des Humanités, et ceux des contemporains que leur célébrité assimile momentanément aux Classiques. Et le dessein des enquêteurs était, sans aucun doute, de faire entendre aux lecteurs de la publication où les réponses seraient enregistrées, des titres et des noms qui leur étaient sinon inconnus, du moins peu ou mal connus.
J’ai pensé que c’était une bonne occasion de citer publiquement quatre auteurs pour lesquels mon admiration et envers lesquels ma dette sont en effet personnelles puisqu’ils n’appartiennent pas, ou pas encore, au fonds commun des Humanités :
Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, auteur des « Chants de Maldoror » suprême expression du Romantisme flamboyant.(…..)
Henry J. M. Levet, dont le nom sonne encore si peu en dépit de l’édition posthume de ses « Poésies »….(….)
Henri Bataille, célébrité de théatre et de boulevard déjà déclinante, mais Poète de talent, dont le recueil (« Le beau voyage »), rencontré trois ou quatre ans après les « Cartes Postales » de Levet, m’a apporté un réconfort du même genre ;
Saint-John Perse, enfin, de qui les « Eloges » et, plus tard, « Anabase », ont été pour moi d’abondantes sources de plaisir esthétiques…(…..)
Je croyais avoir répondu conformément aux intentions de l’enquète. Mais lorsque je lus les premières réponses et les commentaires qui les accompagnèrent il m’apparut que le mot « personnellement » n’avait pas le sens que je lui avais attribué : les enquêteurs avouaient que leur dessein était de former, d’après les réponses reçues, le catalogue de « la bibliothèque de l’honnête homme », ce qui revenait à la liste des livres « essentiels », et ils se mettaient, gravement, à pointer les voix obtenues par la Bible, Homère, Virgile, Racine….Mes trois candidats, qui n’avaient eu que ma voix, étaient battus, et ma bibliothèque excentrique, presque scandaleuse, n’avait rien de commun avec celle de l’honnête homme….. »
lundi 11 février 2008
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